Vague démocrate : 5 grandes rotations qui rebattent les cartes de l’investissement
Points clés :
- La vague démocrate redessine les secteurs qui tirent les marchés, sans nécessairement mettre fin à la hausse des actions. Un Congrès contrôlé par les démocrates pourrait freiner les nouvelles dépenses publiques et renforcer le contrôle des investissements dans les infrastructures liées à l'IA. En parallèle, la baisse des prix du pétrole et des rendements obligataires pourrait profiter à d'autres secteurs.
- Cinq rotations sectorielles méritent une attention particulière : des infrastructures dédiées à l'IA vers les grandes plateformes technologiques déjà établies ; des entreprises favorisées par les politiques républicaines vers la santé et les énergies propres ; de la défense vers le tourisme et la consommation ; des secteurs pénalisés par des rendements obligataires élevés vers l'immobilier et les métaux précieux ; et des marchés américains vers les actions internationales.
- Chacune de ces rotations comporte des risques. Les anticipations politiques ne se traduiront pas nécessairement par des changements concrets de politique économique. Par ailleurs, une nouvelle escalade géopolitique, une inflation persistante ou un ralentissement de la croissance mondiale pourraient rapidement inverser les tendances actuelles des marchés.
Une vague démocrate, mais pas nécessairement un signal d'alerte pour les marchés actions
La victoire des démocrates dans les deux chambres du Congrès américain a provoqué un réajustement important des anticipations sur les marchés financiers.
Le 4 novembre, les marchés actions américains ont progressé, alors même que certains segments liés aux semi-conducteurs et aux centres de données subissaient des pressions. Les prix du pétrole ont fortement reculé, les rendements des obligations du Trésor américain ont baissé et le dollar s'est affaibli. La santé, les énergies propres et les entreprises liées au tourisme ont suscité un regain d'intérêt, tandis que les valeurs de la défense ont subi des prises de bénéfices.
Les marchés semblent désormais arbitrer entre deux forces contradictoires : d'un côté, un contrôle plus strict des investissements dans les infrastructures liées à l'IA et des marges de manœuvre budgétaires potentiellement réduites pour le président Trump ; de l'autre, les effets positifs d'une énergie moins chère, d'une moindre pression inflationniste et de conditions financières potentiellement plus favorables.
Un point essentiel à garder à l'esprit : les démocrates ont remporté le Congrès, pas la Maison-Blanche. Le président Trump conserve son droit de veto ainsi qu'une importante marge de manœuvre en matière de politique commerciale et étrangère. Les élections modifient donc l'équilibre des pouvoirs, mais ne garantissent pas un changement radical de politique économique.
Pour les investisseurs, l'enjeu est peut-être moins de prédire les décisions politiques à venir que d'identifier les secteurs susceptibles de prendre le relais sur les marchés.
Voici cinq rotations sectorielles à surveiller, avec les entreprises susceptibles d'en profiter et celles qui pourraient subir de nouvelles pressions.
1. Rotation autour de l'IA : des investissements dans les infrastructures à la génération de revenus
Le marché de l'IA se divise de plus en plus entre les entreprises qui construisent les infrastructures nécessaires à son développement et celles qui parviennent à en tirer des revenus.
L'opposition à l'expansion des centres de données prend de l'ampleur sur le plan politique, notamment en raison des coûts de l'électricité, de la consommation d'eau et de la pression exercée sur les infrastructures locales. Un renforcement des contrôles pourrait retarder certains projets et faire grimper les coûts de construction.
Cette évolution pourrait pénaliser les exploitants de centres de données, les fournisseurs d'équipements électriques et les fabricants de semi-conducteurs dont les perspectives de croissance reposent largement sur une expansion rapide des infrastructures.
À l'inverse, les grands acteurs du cloud déjà bien établis, qui disposent de capacités informatiques existantes, de flux de trésorerie solides et de revenus diversifiés, pourraient mieux résister.
Les valeurs technologiques chinoises constituent une autre piste d'investissement. Des attentes moins élevées, le soutien des autorités nationales et le développement des capacités locales en matière d'IA pourraient offrir une autre source de rendement potentiel.
Les entreprises susceptibles d'en profiter
- Microsoft (MSFT) : Des infrastructures cloud déjà en place, une adoption croissante de l'IA par les entreprises et des revenus récurrents issus des logiciels.
- Alphabet (GOOGL) : La monétisation de l'IA dans la recherche en ligne, la publicité et les services cloud, soutenue par une importante capacité à générer des flux de trésorerie opérationnels.
- Amazon (AMZN) : Les services cloud AWS et les capacités liées à l'IA pourraient profiter d'une valorisation accrue des capacités informatiques déjà disponibles.
- Meta Platforms (META) : L'amélioration de l'efficacité publicitaire grâce à l'IA et les nouvelles possibilités de monétisation, même si les dépenses d'investissement restent importantes.
- Alibaba (BABA / 9988.HK) : Une exposition au cloud et à l'IA en Chine, avec un soutien potentiel des politiques publiques et une adoption croissante des nouvelles technologies.
- Tencent (0700.HK) : Des applications de l'IA dans la publicité, les jeux vidéo et les services numériques.
Les valeurs susceptibles de subir des pressions
- Les exploitants de centres de données : CoreWeave (CRWV), Applied Digital (APLD), IREN (IREN) et Cipher Digital (CIFR) pourraient être confrontés à des retards de projets, à un contrôle réglementaire renforcé ou à une hausse de leurs coûts de financement.
- Les infrastructures électriques : Bloom Energy (BE), Vertiv (VRT) et GE Vernova (GEV) pourraient enregistrer un ralentissement des commandes si de nouveaux projets de centres de données sont reportés.
- Les semi-conducteurs : Nvidia (NVDA), AMD (AMD) et Broadcom (AVGO) pourraient être pénalisés par un ralentissement des investissements dans les infrastructures ou par des clients devenus plus sélectifs dans leurs dépenses d'investissement.
- Les fabricants de mémoire : Micron Technology (MU), SK hynix (000660.KS) et Samsung Electronics (005930.KS) pourraient subir des pressions si les prévisions de demande pour les serveurs dédiés à l'IA sont revues à la baisse.
Les risques à prendre en compte : Les restrictions réglementaires pourraient finalement rester limitées, tandis que la demande en IA pourrait continuer de progresser plus rapidement que les capacités disponibles. Cette pénurie de capacités pourrait soutenir les prix pratiqués par les fabricants de puces, les fournisseurs de mémoire et les acteurs disposant déjà d'infrastructures opérationnelles. En outre, les besoins en électricité ne se limitent pas à l'IA : toutes ces entreprises ne dépendent donc pas exclusivement de la construction de centres de données.
À retenir pour les investisseurs : Il ne s'agit pas nécessairement de la fin du cycle d'investissement dans l'IA. Les marchés pourraient simplement devenir plus sélectifs, en privilégiant les entreprises capables de générer des revenus tangibles grâce à l'IA et de maintenir des flux de trésorerie durables, plutôt que celles dont la croissance repose uniquement sur les dépenses d'infrastructure.
2. Rotation liée aux politiques publiques : la santé et les énergies propres reviennent sur le devant de la scène
Un Congrès contrôlé par les démocrates pourrait réorienter le débat politique vers l'accessibilité des soins, la couverture santé et les énergies renouvelables.
Les établissements de santé et les assureurs pourraient en profiter si les réductions de couverture envisagées sont reportées ou revues à la baisse. Les entreprises du secteur des énergies propres pourraient également retrouver les faveurs des investisseurs si les dispositifs d'incitation existants deviennent plus difficiles à remettre en cause.
À l'inverse, les entreprises qui ont bénéficié des priorités politiques républicaines pourraient être confrontées à davantage d'incertitudes.
Les entreprises susceptibles d'en profiter
- HCA Healthcare (HCA) et Tenet Healthcare (THC) : Une couverture santé plus étendue pourrait réduire les soins hospitaliers non rémunérés et soutenir leur chiffre d'affaires.
- Universal Health Services (UHS) : Une exposition aux établissements hospitaliers et aux soins de santé mentale, qui pourrait bénéficier d'une couverture assurantielle plus stable.
- Centene (CNC) et Molina Healthcare (MOH) : Une exposition à Medicaid et aux programmes publics d'assurance maladie.
- First Solar (FSLR) : Une activité de fabrication de panneaux solaires aux États-Unis et un soutien potentiel des dispositifs d'incitation aux énergies renouvelables.
- Enphase Energy (ENPH) et Sunrun (RUN) : Une exposition au solaire résidentiel et au stockage d'énergie, deux activités dont la demande pourrait bénéficier d'un soutien politique accru.
- NextEra Energy (NEE) : Des activités dans la production d'énergies renouvelables et les investissements dans les services publics d'électricité, qui pourraient profiter d'une meilleure visibilité réglementaire.
Les valeurs susceptibles de subir des pressions
- Les producteurs d'énergies fossiles : Exxon Mobil (XOM) et Chevron (CVX) pourraient faire l'objet d'un contrôle réglementaire plus strict et être confrontés à des politiques moins favorables aux énergies fossiles. Leurs résultats financiers restent toutefois bien plus sensibles à l'évolution des prix du pétrole et du gaz.
Les risques à prendre en compte : Les réformes de la politique de santé pourraient rester bloquées au Congrès, tandis que la pression sur les remboursements et la hausse des coûts médicaux pourraient pénaliser les assureurs et les hôpitaux. Les énergies propres restent exposées aux incertitudes concernant les subventions, aux retards de projets, aux coûts de financement et à la concurrence. Les grandes compagnies pétrolières pourraient également profiter d'autres facteurs, notamment d'une demande plus soutenue ou de contraintes sur l'offre.
À retenir pour les investisseurs : Les secteurs sensibles aux décisions politiques pourraient bénéficier d'une revalorisation en Bourse. Il reste toutefois essentiel de distinguer un changement de climat politique d'une véritable évolution susceptible d'améliorer concrètement les résultats financiers des entreprises.
3. Rotation budgétaire et géopolitique : de la défense aux secteurs qui profitent du pouvoir d'achat des consommateurs
Un Congrès contrôlé par les démocrates pourrait compliquer toute nouvelle expansion des dépenses publiques, notamment la hausse des dépenses militaires proposée par le président Trump. Il pourrait également renforcer le contrôle exercé sur le conflit avec l'Iran et sur les politiques commerciales.
La forte baisse des prix du pétrole laisse penser que les marchés accordent désormais davantage de poids à l'hypothèse d'un apaisement des tensions géopolitiques.
Si les prix de l'énergie restent bas, cela pourrait contribuer à ralentir l'inflation, réduire les coûts des entreprises et améliorer le pouvoir d'achat des ménages. Les compagnies aériennes, les entreprises du tourisme et certains distributeurs pourraient figurer parmi les principaux bénéficiaires.
Les entreprises susceptibles d'en profiter
- Delta Air Lines (DAL) et United Airlines (UAL) : La baisse du prix du kérosène pourrait améliorer les marges des compagnies aériennes.
- International Airlines Group (IAG.L) : Une exposition aux marchés du transport aérien européen et transatlantique, avec un allègement potentiel de la facture énergétique.
- Booking Holdings (BKNG) et Expedia (EXPE) : Ces plateformes de réservation en ligne pourraient profiter d'une demande touristique résistante et d'un meilleur pouvoir d'achat des voyageurs.
- Marriott International (MAR) : Une exposition à la demande hôtelière et aux dépenses liées au tourisme.
- Walmart (WMT) et Target (TGT) : Une baisse potentielle des coûts de transport, de l'énergie et des produits importés si les tensions liées aux droits de douane s'atténuent.
Les valeurs susceptibles de subir des pressions
- Les entreprises du secteur de la défense : Lockheed Martin (LMT), Northrop Grumman (NOC), RTX (RTX) et L3Harris Technologies (LHX) pourraient subir des pressions si les hausses attendues des budgets militaires sont réduites ou reportées.
- Les producteurs d'énergie : Exxon Mobil (XOM), Chevron (CVX) et ConocoPhillips (COP) pourraient voir leurs résultats financiers se dégrader si les prix du pétrole restent orientés à la baisse.
Les risques à prendre en compte : Le Congrès ne peut pas, à lui seul, mettre fin au conflit avec l'Iran ni revenir sur les droits de douane. Une nouvelle escalade géopolitique pourrait faire repartir les prix du pétrole à la hausse, tandis que les dépenses militaires pourraient rester élevées en raison d'autres impératifs de sécurité nationale. Enfin, une baisse du pétrole provoquée par un ralentissement de la demande mondiale serait nettement moins favorable aux compagnies aériennes et aux valeurs de la consommation.
À retenir pour les investisseurs : Les marchés pourraient commencer à privilégier les entreprises qui profitent de la baisse des coûts énergétiques plutôt que celles dont les perspectives reposent sur une nouvelle escalade budgétaire et géopolitique. Il reste toutefois essentiel de distinguer une baisse du pétrole liée à une hausse de l'offre d'une baisse provoquée par un affaiblissement de la demande.
4. Rotation liée aux taux : de la pression sur le financement au soutien des valorisations
La baisse des rendements des obligations du Trésor américain pourrait constituer une autre conséquence importante du réajustement des anticipations après les élections.
Le blocage politique pourrait limiter les nouvelles mesures de relance budgétaire, tandis que la baisse des prix du pétrole pourrait atténuer les pressions inflationnistes. Cette combinaison serait susceptible de soutenir les actifs sensibles aux taux d'intérêt et d'améliorer les conditions de financement.
Les sociétés immobilières, les services aux collectivités et les producteurs d'or offrent différentes façons de se positionner sur cette tendance.
Le récent rebond de l'or s'explique par l'affaiblissement du dollar, la baisse des rendements obligataires, le rachat de positions vendeuses et le redressement plus général des marchés. Les perspectives à plus long terme pourraient rester favorables si la baisse des prix de l'énergie finit par donner à la Réserve fédérale davantage de marge de manœuvre pour soutenir la croissance.
Les entreprises susceptibles d'en profiter
- Prologis (PLD) : Une exposition à l'immobilier logistique, dont les valorisations et les conditions de financement pourraient bénéficier de la baisse des rendements obligataires.
- Realty Income (O) : Un portefeuille de biens immobiliers générant des revenus locatifs, particulièrement sensible aux taux d'intérêt et aux coûts de financement.
- Digital Realty Trust (DLR) : Une exposition à l'immobilier lié aux centres de données, qui pourrait profiter de coûts d'emprunt plus faibles, même si les risques liés aux infrastructures de l'IA demeurent.
- NextEra Energy (NEE) et Duke Energy (DUK) : Des entreprises de services aux collectivités dont les activités nécessitent d'importants investissements et qui pourraient bénéficier d'une baisse des coûts de financement.
- Newmont (NEM) et Agnico Eagle Mines (AEM) : Une exposition à l'extraction de l'or, avec des retombées potentielles d'une hausse des cours des métaux précieux.
- Wheaton Precious Metals (WPM) : Une exposition aux métaux précieux via le financement de projets miniers en échange de droits sur leur production, selon un modèle économique différent de celui des producteurs miniers traditionnels.
Les valeurs susceptibles de subir des pressions
- Les banques : JPMorgan Chase (JPM), Bank of America (BAC) et Wells Fargo (WFC) pourraient voir leurs revenus nets d'intérêts diminuer si la baisse des rendements obligataires comprime leurs marges de crédit, notamment si le coût des dépôts s'ajuste plus lentement.
- Les assureurs-vie : MetLife (MET) et Prudential Financial (PRU) pourraient subir une baisse des rendements de réinvestissement si les taux d'intérêt restent durablement bas.
Les risques à prendre en compte : Une inflation persistante, une nouvelle hausse des prix de l'énergie ou des incertitudes budgétaires pourraient faire remonter les rendements obligataires. Une baisse des taux provoquée par des craintes de récession pourrait également peser sur la demande immobilière et la qualité des portefeuilles de crédit des banques. Ces dernières pourraient toutefois profiter d'une hausse de la demande de prêts ou de l'activité sur les marchés financiers, tandis que les sociétés minières restent exposées aux fluctuations des cours des matières premières et à leurs coûts d'exploitation.
À retenir pour les investisseurs : L'évolution des rendements obligataires compte, mais les raisons qui expliquent leur baisse sont tout aussi importantes. Une diminution des taux accompagnée d'une croissance résistante pourrait favoriser l'immobilier et les services aux collectivités. En revanche, une dégradation des perspectives économiques créerait un environnement beaucoup plus difficile.
5. Rotation liée au dollar : de la concentration sur les États-Unis à la diversification internationale
L'affaiblissement du dollar américain et la baisse des rendements des obligations du Trésor pourraient améliorer les conditions financières en dehors des États-Unis.
Les marchés émergents pourraient profiter d'une moindre pression liée au financement en dollars, d'une hausse des flux de capitaux et de valorisations boursières potentiellement plus attractives.
L'Asie offre plusieurs pistes d'investissement. L'Inde pourrait bénéficier de la baisse des prix du pétrole et de la vigueur de sa consommation intérieure. La Chine offre une exposition sélective aux technologies et aux politiques de soutien économique, tandis que Taïwan conserve des avantages structurels dans les semi-conducteurs, malgré les inquiétudes à court terme concernant les dépenses d'investissement dans l'IA.
Les actions européennes pourraient également attirer davantage l'attention, à mesure que les investisseurs réévaluent leur forte exposition aux marchés américains.
Les actions et ETF UCITS à surveiller
- Alibaba (BABA / 9988.HK) et Tencent (0700.HK) : Des entreprises technologiques chinoises exposées à la demande intérieure et au développement de l'IA.
- iShares MSCI India UCITS ETF (IIND) : Une exposition diversifiée au marché actions indien.
- iShares Core MSCI EM IMI UCITS ETF (EIMI) : Une exposition diversifiée aux marchés actions émergents.
- iShares Core MSCI Europe UCITS ETF (IMEU) : Une exposition diversifiée aux marchés actions européens.
- iShares MSCI China UCITS ETF (ICHN) : Une exposition diversifiée au marché actions chinois.
Les valeurs susceptibles de subir des pressions
- Les banques régionales américaines : Les banques dont les revenus dépendent principalement du marché américain pourraient profiter moins directement de l'affaiblissement du dollar et subir une pression sur leurs marges d'intérêt si les rendements obligataires continuent de baisser.
- Les portefeuilles fortement concentrés sur les actions américaines : Une forte exposition aux grandes valeurs technologiques américaines pourrait entraîner une sous-performance si les marchés internationaux prennent davantage le relais. Il s'agit avant tout d'un risque de concentration du portefeuille, et non d'une remise en cause des fondamentaux d'une entreprise en particulier.
Les risques à prendre en compte : Une inflation persistante aux États-Unis ou une Réserve fédérale plus restrictive que prévu pourraient soutenir le dollar. Les marchés émergents restent vulnérables aux sorties de capitaux, aux risques politiques intérieurs et aux chocs affectant la croissance mondiale. L'Inde présente des risques liés à ses valorisations, la Chine continue de faire face à des difficultés structurelles et l'Europe reste sensible à la faiblesse de la croissance et aux coûts de l'énergie.
À retenir pour les investisseurs : La diversification en dehors des États-Unis pourrait devenir de plus en plus pertinente. Les investisseurs devraient néanmoins privilégier les fondamentaux économiques et les niveaux de valorisation propres à chaque région, plutôt que de miser uniquement sur les fluctuations des devises.
Qu'est-ce qui pourrait remettre en cause la stratégie fondée sur la vague démocrate ?
Les mouvements observés après les élections ont fait émerger de nouvelles opportunités, mais les marchés pourraient aller plus vite que les changements politiques et économiques réels.
- Une escalade géopolitique : Une résurgence des tensions impliquant l'Iran pourrait inverser la baisse des prix du pétrole, raviver les craintes inflationnistes et pénaliser les compagnies aériennes, les valeurs de la consommation et les secteurs sensibles aux taux d'intérêt.
- Un blocage politique : Les démocrates contrôlent le Congrès, mais le président Trump conserve son droit de veto et ses pouvoirs exécutifs. Les attentes concernant la santé, les énergies propres et les dépenses publiques pourraient ne déboucher sur aucune évolution législative significative.
- Une inflation persistante ou une Fed plus restrictive : Une remontée des rendements obligataires et un raffermissement du dollar pourraient mettre sous pression l'immobilier, les services aux collectivités, les métaux précieux et les actions des marchés émergents.
- Des incertitudes autour des investissements dans l'IA : Un ralentissement plus général des investissements dans l'IA pourrait affecter les exploitants de centres de données, les fabricants de semi-conducteurs, les fournisseurs de mémoire et les grands acteurs du cloud. À l'inverse, une demande toujours soutenue pour l'IA pourrait favoriser un rebond des valeurs liées aux infrastructures.
- Un ralentissement de la croissance mondiale : La baisse des prix du pétrole et des rendements obligataires pourrait traduire une dégradation de la demande plutôt qu'une amélioration des conditions financières. Dans ce cas, la faiblesse des résultats des entreprises pourrait largement annuler les effets positifs attendus.
- Des rotations sectorielles devenues trop consensuelles : Des mouvements rapides vers la santé, les énergies propres, le tourisme ou les secteurs défensifs pourraient rendre les valorisations vulnérables si les anticipations des investisseurs deviennent excessivement optimistes.
En conclusion : une rotation des marchés, pas nécessairement un repli
La vague démocrate a changé la donne politique, mais le véritable enjeu pour les investisseurs pourrait être l'élargissement du nombre de secteurs capables de tirer les marchés vers le haut.
L'IA reste un puissant moteur de croissance à long terme, mais les investisseurs pourraient désormais privilégier davantage la rentabilité que les dépenses d'investissement. La santé et les énergies propres pourraient retrouver une place importante dans les priorités politiques, la baisse des prix du pétrole pourrait profiter davantage aux consommateurs qu'aux producteurs d'énergie, le recul des rendements obligataires pourrait soutenir les actifs sensibles aux taux et l'affaiblissement du dollar pourrait ouvrir de nouvelles perspectives en dehors des États-Unis.
Pour les portefeuilles, le message n'est pas de tourner le dos aux valeurs qui ont tiré les marchés jusqu'ici, mais de veiller à ce qu'elles ne soient pas les seules à contribuer aux performances de demain.
Les investisseurs auraient intérêt à examiner les concentrations de leurs portefeuilles, à identifier les entreprises dont les perspectives dépendent de décisions politiques favorables et à vérifier que leurs investissements reposent sur des moteurs de croissance et des facteurs macroéconomiques suffisamment diversifiés.
La prochaine phase de marché pourrait davantage récompenser la diversification, la solidité des résultats financiers et la sélectivité des investissements que le simple renforcement des positions les plus prisées par les investisseurs.