Les résultats d'Essillor Luxottica en 1 chiffre
Résumé: EssilorLuxottica publie un trimestre solide, avec un chiffre d’affaires supérieur aux attentes et une croissance portée par la résistance de son cœur de métier. L’Asie-Pacifique et les lunettes connectées soutiennent la performance, mais le ralentissement de ces dernières après leur forte accélération au premier semestre soulève des questions. Le groupe confirme ses objectifs de long terme : il doit désormais démontrer que cette dynamique peut durer et se traduire en bénéfices.
486 M€
C'est le montant généré par les lunettes connectées et les lunettes auditives Nuance Audio au troisième trimestre. Cette activité représente désormais environ 6,5 % du chiffre d'affaires du groupe. Pour les investisseurs, l'enjeu est désormais de comprendre si cette activité peut continuer à se développer tout en améliorant sa rentabilité, sans éclipser la solidité du métier historique.
Les résultats en 30 secondes
- Chiffre d'affaires : 7,486 Md€, en hausse de 7,2 % à taux de change constants et de 9 % aux taux courants. Le groupe dépasse le consensus d'environ 126 M€.
- Le cœur de métier résiste : il progresse de plus de 6 %, tant au troisième trimestre que sur les neuf premiers mois de l'année.
- Les wearables accélèrent toujours : ils atteignent 486 M€ de ventes, en hausse de 20 %. La croissance reste forte, mais ralentit par rapport aux presque 100 % du deuxième trimestre.
- L'Asie-Pacifique tire la croissance : la région affiche la meilleure dynamique, avec +15,7 % à taux de change constants, contre +4,7 % en Amérique du Nord.
- La gestion de la myopie progresse : la croissance atteint 24 %, confirmant le potentiel de produits comme Stellest.
- Les objectifs de long terme sont confirmés : le groupe vise une croissance solide du chiffre d'affaires et une progression globalement alignée du résultat opérationnel ajusté sur les cinq prochaines années.
Les bonnes nouvelles
Le cœur de métier résiste mieux que les inquiétudes du marché ne le suggéraient
C'est l'un des enseignements majeurs du Q&A. Les analystes de Citi, BNP Paribas et Morgan Stanley ont cherché à savoir si les consommateurs commençaient à réduire leurs dépenses et si la croissance historique pouvait se maintenir.
La direction affirme ne pas constater de transfert généralisé vers des produits moins chers. Elle souligne également que les volumes progressent sur les montures classiques et les verres, en plus de l'amélioration du prix et du mix.
Pourquoi c'est important ? Une croissance qui combine prix et volumes est généralement plus robuste qu'une croissance reposant uniquement sur les hausses tarifaires. Elle renforce la crédibilité de l'objectif de croissance à moyen terme.
Les lunettes connectées deviennent une activité significative
Les 486 M€ de ventes des wearables donnent enfin un ordre de grandeur concret à cette activité. Les lunettes connectées restent le principal moteur de cette catégorie, même si le chiffre inclut également Nuance Audio.
Les analystes se sont particulièrement intéressés au prix moyen, à la part des lunettes équipées de verres correcteurs et aux marges. La direction indique que le mix prix s'améliore et que la marge brute des lunettes connectées progresse sur un an.
La santé visuelle apporte un relais de croissance moins dépendant de l'effet de mode
Le portefeuille de gestion de la myopie progresse de 24 % sur le trimestre et depuis le début de l'année. Aux États-Unis, Stellest dispose désormais de 12 000 points de distribution professionnels, selon la direction.
Pourquoi c'est important ? La gestion de la myopie répond à un besoin médical de long terme. Si la distribution se transforme en prescriptions et en ventes récurrentes, cette activité pourrait renforcer la croissance et la différenciation du groupe.
Les points de vigilance
L'Amérique du Nord reste moins dynamique
La région progresse de 4,7 %, contre 15,7 % pour l'Asie-Pacifique. La direction insiste sur une base de comparaison particulièrement élevée en 2025, ce qui explique une partie de l'écart.
Il faudra toutefois surveiller les prochains trimestres pour vérifier que les ventes retrouvent un rythme plus élevé. L'Amérique du Nord reste un marché majeur pour le groupe et une zone clé pour le développement des lunettes connectées.
La rentabilité doit encore être démontrée dans les comptes
Le discours de la direction est rassurant : le mix prix s'améliore, les coûts inflationnistes restent gérables et les devises soutiennent la rentabilité.
Mais le chiffre d'affaires ne suffit pas à mesurer la performance financière. Sans données trimestrielles détaillées sur les marges et le résultat opérationnel, il est impossible de déterminer précisément combien de bénéfices supplémentaires cette croissance génère.
C'est d'autant plus important que les investisseurs ont déjà exprimé des inquiétudes sur la valorisation et la rentabilité future du groupe.
Le ralentissement des lunettes connectées est le principal sujet de débat
La croissance des wearables est passée de près de 100 % au deuxième trimestre à 20 % au troisième. La direction explique que la comparaison avec 2025 est devenue beaucoup plus exigeante, notamment dans les circuits d'électronique grand public.
Cette explication est crédible, mais elle ne règle pas toute la question : les investisseurs doivent déterminer quelle part du ralentissement est liée à la comparaison et quelle part reflète une normalisation de la demande.
La concurrence et les interrogations autour de la vie privée ajoutent également de l'incertitude.
Le chiffre à surveiller
La croissance des wearables au T4
Le prochain trimestre devra permettre de mieux comprendre la trajectoire de cette activité. Le chiffre de 20 % reste élevé, mais il faut désormais distinguer trois éléments : la croissance des volumes, l'évolution du prix moyen et la rentabilité.
Les analystes attendront également davantage de recul sur les nouveaux modèles Meta, leur distribution en Europe et leur contribution aux ventes pendant les fêtes de fin d'année.
Le véritable test ne sera donc pas simplement de maintenir une croissance à deux chiffres. Il sera de démontrer que les wearables peuvent continuer à croître tout en améliorant durablement la rentabilité du groupe.
Ce qu’il faut retenir
La thèse d'investissement d'EssilorLuxottica est renforcée sur le plan opérationnel, mais le débat se déplace vers la qualité et la durabilité de la croissance.
Le groupe dépasse les attentes grâce à un cœur de métier résilient, tandis que la gestion de la myopie offre un relais de croissance prometteur. Les lunettes connectées restent une activité stratégique, mais leur croissance ralentit fortement par rapport au trimestre précédent. Le marché voudra donc vérifier si ce ralentissement est principalement lié aux comparaisons difficiles ou s'il traduit une normalisation plus durable de la demande.
Enfin, la rentabilité, la concurrence et la gouvernance restent des sujets à suivre. La direction confirme ses objectifs à long terme, mais devra continuer à démontrer que la croissance du chiffre d'affaires se transforme en bénéfices.